Les raisons d'une sélection

Introduction de l'éditeur :

Casablanca est "un livre à ciel ouvert de l'architecture de la première moitié du 20e siècle", comme cela a été déjà si bien écrit. En effet, cette métropole africaine a constitué une expérience urbanistique unique et un laboratoire des mouvements architecturaux internationaux des années 1910 aux années 1960.

Produit par Casamémoire (association pour la sauvegarde du patrimoine architectural moderne au Maroc), dans le cadre du projet Mutual Heritage et avec le soutien de l'Union européenne, ce premier guide présente un échantillonnage varié d'une centaine de bâtiments, sélectionnés parmi des centaines d'autres, aussi dignes d'intérêt. Divers principes généraux ont présidé à cette sélection que d'aucuns pourraient juger subjective.

En premier, ont été distinguées les constructions relevant de ce style néo-marocain emblématique des villes nouvelles du pays et caractérisé par une heureuse et originale synthèse entre l'architecture moderne cubiste et des arts traditionnels locaux revivifiés.

Sont bien présents, également, quelques-uns des plus beaux fleurons du style fonctionnaliste et autre Steam Line, appliqué à Casablanca dès la fin des années 1920, imprimant ainsi à la ville ce caractère avant-gardiste dont s'est largement faite l'écho la littérature internationale spécialisée de l'époque, mais dont l'intérêt nous paraît aujourd'hui sous-apprécié par le grand public, sans parler des autorités.

Enfin, nous avons mis particulièrement l'accent sur cette architecture issue des nombreux programmes d'habitat social et de relogement populaire dont Casablanca fut précurseur, sous la forte impulsion de l'urbaniste, adepte de la Charte d'Athènes, Michel Écochard. Une architecture méconnue du public car difficilement accessible et peu séduisante au premier regard.

A contrario, l'Art Déco, dont nous montrons néanmoins de forts beaux exemples, peut paraître sous-représenté au regard de son importance, tant quantitative que qualitative, dans la ville. C'est que, malgré tout, grâce notamment à quinze ans d'action de sensibilisation de la part de Casamémoire, il semble qu'aujourd'hui cette esthétique soit connue et reconnue de beaucoup. C'est d'ailleurs pour ces mêmes raisons que le style dit néo-classique, pourtant participant tout autant à l'identité de la cité, est, à une exception près, absent de ce guide dont le but est de porter un premier éclairage, un coup de projecteur, sur une centaine de bâtiments ou ensembles parmi les plus remarquables que recèle cette vaste métropole.

Quoique réduite, la place réservée à l'ancienne médina, dans ce Guide consacré à l'architecture du 20e siècle, est significative de la position de Casamémoire vis-à-vis de ce legs. En effet, comme cela est explicité plus loin, la médina de Casablanca ne rentre pas dans le cadre décidé par les autorités du Protectorat pour les grands centres urbains marocains, fondés sur une nette séparation entre la ville traditionnelle et la ville nouvelle. Ici, l'ancienne médina fait partie intégrante du centre-ville.

Plusieurs sources ont permis de rassembler les informations sur les bâtiments répertoriés dans ce Guide des architectures de Casablanca. La majorité des connaissances est fournie par l'ouvrage de référence de Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, Casablanca, mythes et figures d'une aventure urbaine, mais aussi par la publication, remarquablement documentée, sur l’œuvre des architectes Edmond Brion et Auguste Cadet, Architecture marocaine du 20e siècle, de Ghislaine Meffre.

À ces sources bibliographiques, il convient d'ajouter le travail des équipes de Casamémoire : consultation des permis de construire conservés dans les archives de la Communauté urbaine de Casablanca et recherches sur le terrain. Un travail d'inventaire nécessaire au classement de la ville en tant que patrimoine national dans un premier temps, puis comme patrimoine universel par l'Unesco, dans un second temps. Des classements qui, selon l'association, sont seuls à même de constituer un rempart suffisamment solide contre les coups de boutoir incessants que subit actuellement ce patrimoine si riche - dans tous les sens du terme. En effet, la bataille ne sera gagnée que lorsque tous - promoteurs immobiliers, particuliers et autorités - seront convaincus de l'intérêt économique réel que représente la possession de ce patrimoine singulier à la résonnance internationale. Par ces temps de mondialisation, il s'agit là d'un atout culturel et touristique stratégique, non d'un poids.

Le Guide des architectures du 20e siècle de Casablanca est une œuvre collective, certes, mais essentiellement portée par le talent, l'obstination et la passion de l'architecte casablancaise Jacqueline Alluchon, co-fondatrice de Casamémoire. Qu'elle sache ici, la reconnaissance qu'en éprouvent ses collègues et amis de l'association.

L'éditeur